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Envoyé par VanillaH
Mais mon Dieu, j'ai tellement peur qu'elle fasse une connerie.
Quelqu'un a-t-il une expérience à partager ? Des conseils pour ne pas culpabiliser ?
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Ahah. J'comprends.
Allez, un peu de racontage de vie. Ça expliquera sans doute un ou deux craquages sur mon journal à ceux qui les ont lu. C'est pas avec un mec, mais ça en arrive au même registre.
En octobre dernier, mon père, avec qui j'entretiens de relations compliquées (je l'aime, mais je craque si je passe plus de 24h d'affilée avec parce qu'il m'exaspère), m'annonce qu'il veut changer d'appartement. Il est chômage depuis 10 ans, je lui fais remarquer qu'il n'a aucune chance de trouver un appart avec un loyer abordable pour lui en région parisienne. "Oui mais non, mais garde un oeil ocazou tu vois une annonce"."OK".
En novembre dernier, je demande à mon papa pourquoi il veut changer d'appartement. "Parce que mon propriétaire ne veut plus me voir". Ah. Bon. Ce sont des choses qui arrivent. "Et t'as commencé à prospecter pour un autre appart ?" "Oui oui, j'ai des pistes du côté des HLM".
En décembre dernier, je demande à mon papa pourquoi son propriétaire ne veut plus le voir. "Parce que j'ai eu quelques loyers en retard, mais c'est bon c'est arrangé je suis à jour maintenant". Ah. Bon, ce sont encore une fois des choses qui arrivent.
En janvier dernier, sur proposition/conseil de ma maman (mes parents sont divorcés), je propose à mon papa de profiter de la présence de ma maman à paris pour discuter un peu de sa situation pour que ça avance. J'en profite pour lui demander combien de temps il a devant lui. "Bah... euuuh...." "OK j'ai compris, t'es à la porte à la fin de la trêve hivernale c'est ça ?" "Ben oui.". Le 15 mars, donc. Autant dire qu'il a le feu au cul.
Fin janvier dernier, diner entre 6 yeux avec mon papa, ma maman et moi. Mon papa joue les papas responsables, conscients de la criticité de la situation, mais sachant ce qu'il convient de faire (i.e. contacter les services sociaux et faire un recours gracieux auprès du bailleur puisque la situation est régularisée). Ma maman, ayant l'habitude de l'animal, me suggère quand même de le surveiller comme le lait sur le feu. Avant de nous séparer, on lui fait promettre d'envoyer une lettre en RAR au bailleur, et de nous tenir au courant du résultat de l'entrevue avec l'assistante sociale. On lui fait aussi remarquer que s'il n'a rien, il faudra qu'il envisage de retourner vivre chez sa mère. Il nous remercie chaudement de nous inquiéter de lui comme ça, de prendre toute cette peine pour lui, et nous assure sa coopération.
Début février, lorsque je demande à mon papa où il en est de sa lettre, il m'annonce qu'elle est postée et qu'il a reçu l'AR. En revanche, le rendez-vous avec l'assistance sociale, c'est pour plus tard, pas encore de nouvelles.
Fin février, toujours sans nouvelles du rendez-vous avec l'assistante sociale, je demande à mon papa s'il a parlé de sa situation à sa mère (avec qui il a des relations compliquées, faut croire que c'est de famille). Plus exactement, je la joue "ultimatum" par mail : "si tu ne me confirmes pas d'ici deux jours que tu as contacté grand'mère, je prends sur moi de l'appeler moi-même pour l'informer de la situation".
Deux jours plus tard, je l'appelle. "Ah non j'ai pas eu le temps promis je le fais dans la journée". Le soir, je l'appelle. Pas de réponse. Je laisse un message, rentre chez moi, et m'effondre en pleurs à l'idée d'appeler ma grand'mère avec qui je ne m'entends pas du tout pour lui annoncer ça. J'ai la chance d'avoir des colocs qui savent ramasser les pims en miettes, j'arrive à dormir un peu.
Le lendemain matin, toujours sans nouvelles, j'appelle ma grand'mère et lui détaille la situation telle que je la connais. Je découvre qu'on a des versions légèrement différentes. Je flaire le pot-aux-roses, et appelle mon père "Bon, tu mens à ta mère ou à ta fille ?" *silence* "à ma mère" "Bon, tu appelles grand'mère tout de suite pour t'excuser de ça, et pour lui demander toi-même si tu peux aller loger chez elle temporairement. Ton rendez-vous chez l'AS, c'est quand ?" "Cet après midi" "OK, j'te téléphone ce soir".
Le soir-même, je suis pour une raison médicale dans les environs de l'appart de mon père. Je décide de sonner à sa porte. La porte est longue à s'ouvrir. Je flippe. Finalement, elle s'ouvre. Il est dans un état piteux. J'apprends qu'il n'a pas appelé ma grand'mère (en fait, je le savais, je lui avais demandé de me confirmer si il passait un coup de fil). Je demande ce qu'a donné le rendez-vous. Silence. "J'y suis pas allé". "Ah, c'est pas le premier que tu sèches, j'ai l'impression ?". "Non." Silence "En fait, j'y suis jamais allé. Cette assistante sociale, elle existe pas. J'ai rien fait depuis que je sais que j'suis à la porte".
Bon, OK. En fait, il mentait à sa mère, à sa fille, et essayait de se mentir à lui aussi mais au bout d'un moment ça peut plus marcher. J'entreprends de démêler le vrai du faux. "Et la lettre, tu l'as envoyée ?" *air outré de sa part* "Ah oui, oui oui, c'est la seule chose que j'ai faite !". "Bon, ok. D'abord, je veux que tu appelles grand'mère, là tout de suite" "Non, j'veux pas le faire devant toi" "Ok, tu le fais dès que j'ai franchi cette porte. On se retrouve demain pour manger, hein ?" "Oui oui".
Le lendemain, à midi, personne au point de rendez-vous. Je sais qu'il n'a toujours pas appelé ma grand'mère. Il ne décroche pas au téléphone. Finalement, 30 minutes après l'heure du rendez-vous, il m'appelle, dans un état peu normal. Extrêmement inquiète, je ne le laisse pas en placer une. "Bon, t'es où ? Bouge pas, j'arrive".
Je trouve mon père avec 20 ans de plus à la sortie du métro. Je lui dis qu'il n'a pas l'air dans son état normal, il me répond qu'il n'a rien pris d'illégal ou d'alcool, qu'il allait vraiment pas bien du tout hier quand j'étais partie, qu'il avait pas dormi et rangé et ordonné sa vie toute la matinée, mais que maintenant il allait bien. Je lui demande depuis combien de temps il a pas mangé, il me répond que c'est pas grave, qu'il faut que je retourne au boulot parce que maintenant je sais qu'il va bien. Je lui réponds qu'il est hors de question que je le laisse comme ça, et qu'on va aller au resto de sushi à volonté parce que j'suis convaincue que ça fait au moins 48h qu'il a rien mangé et qu'il faut qu'il s'alimente. Il reconnaît que j'ai raison. J'ai très bien compris ses allusions à demi-voilées. Je savais très bien que mon père était parfaitement capable de se foutre en l'air si la réalité était trop dure à supporter, et en l'occurrence elle l'avait rattrapée de plein fouet. Je savais très bien que j'avais des raisons d'angoisser chaque fois que la sonnerie du téléphone sonnait trop longtemps, ou qu'il ne répondait carrément pas.
Lors de la discussion pendant le repas, il me l'a confirmé à demi mots. Je lui ai balancé quelque chose comme ça : "Ecoute, je le sais très bien que tu es capable de te suicider. Si tu le faisais, je serais très triste, parce que t'es mon papa, que je t'aime et que ça serait du gâchis. Maintenant, je ne me sentirais pas coupable, parce que c'est toi qui gâches ta vie comme un grand. J'ai fait tout ce qu'il était de mon devoir de fille de faire pour toi. J'ai fait tout ce qu'il était en mon pouvoir de faire sans trop me détruire, et j'en ai des preuves écrites. Je ne peux pas faire plus. Si tu veux couler, tu couleras toujours plus fort que je peux te tirer au dessus de l'eau. Mais je ne coulerai pas avec toi, c'est hors de question. Tu ne me feras pas du chantage au suicide, papa".
C'était parfaitement ma vision de la situation : quand tu as fait tout ce qu'il était en ton pouvoir de faire pour quelqu'un sans porter atteinte à ta santé et que ça ne marche pas, il n'y a pas à culpabiliser de laisser tomber. Point.
A mon sens, pour la demoiselle, tu ne peux plus rien faire du tout. Ecris à son entourage (= tuteurs, son pseudo mec, bref, toutes les personnes censées la connaître un peu, et le service psycho-social de sa fac/son école) pour leur expliquer l'état dans lequel elle est, en restant neutre et factuel, et en mentionnant les propos suicidaires. Explique ce que tu as fait pour elle, et explique qu'elle refuse à présent de t'écouter. Fais part de ton désarroi et ton désarmement. Et garde une copie des courriers.
Explique à la demoiselle que tu as fait ça, parce que dans la vie faut être transparent. Dis-lui que toi tu ne sais plus quoi faire pour elle, que tu as fait tout ce que tu pouvais, et que faire plus reviendrait à te détruire toi aussi, et que tu ne veux pas en arriver là. Explique-lui que tu regrettes que votre relation se termine comme ça, mais que tu ne vois pas d'autres solutions. Et barre toi.
Et appelle les pompiers si à un moment tu crains vraiment pour sa vie.
L'idée, c'est, maintenant que tu as tout fait pour arranger ça, d'entériner le fait que tu t'es bougé le cul et t'assurer qu'on ne te collera pas un procès pour non-assistance à personne en danger, et tenter une ultime secousse.
Et si ça marche pas, tant pis. Ça sera triste, dommage, du gâchis et du dégât provoqué par la connerie humaine. Mais ça serait deux fois plus tout ça si ça te détruisait aussi au passage.